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Anatomie d’un regard : le Prix de thèse du GIS Asie et ses coulisses

Anatomie d’un regard : le Prix de thèse du GIS Asie et ses coulisses

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Les prix de thèse sont de plus en plus nombreux. Ils visent à distinguer l’excellence d’un travail de doctorat et permettent la promotion de travaux novateurs, originaux ou « simplement » remarquables. L’orientation de ces prix diffère selon qu’ils concernent une université, un champ d’étude ou la valorisation d’un fonds. Parmi ces initiatives, le Prix de thèse du GIS Asie qui est biennal, récompense depuis 2016 les thèses de doctorat en sciences humaines et sociales sur l’Asie soutenues en France et dans les institutions du GIS Asie situées à l’étranger. Doté d’une valeur de 3000 euros, il vise à valoriser l’excellence des travaux des jeunes chercheur.e.s en les aidant à publier leur thèse. Soucieux de refléter la diversité des thématiques, des approches disciplinaires et des aires géographiques, il récompense trois lauréat.e.s, sans hiérarchie entre eux.

Le 18 novembre dernier, les membres du jury de ce Prix se sont réunis pour sélectionner les lauréat.e.s pour l’année 2020, pour des thèses soutenues en 2018 et 2019. À cette occasion, nous proposons une incursion dans les coulisses de cet événement afin d’en saisir le regard et de mieux en comprendre la portée.

Un processus de sélection à double détente

Après l’appel à candidature début 2020, 61 thèses avaient été réceptionnées en mars. Quelques travaux ne remplissant pas les conditions d’éligibilité, 58 thèses ont été incluses dans le processus de sélection. Celui-ci repose sur l’examen de la thèse et du rapport de soutenance. Il comprend deux étapes successives. La première est une double évaluation, menée par les membres du conseil scientifique du GIS Asie. Elle conduit à l’établissement d’une liste de thèses présélectionnées qui ont été soumises à une évaluation approfondie par un.e expert.e du champ, pour laquelle le GIS Asie a fait appel à des compétences extérieures à celles du conseil scientifique lorsque cela s’avérait nécessaire. Au cours de ces deux étapes d’évaluation, une attention particulière est portée à l’originalité des idées exprimées, de la démarche ou des données, la connaissance de la littérature sur la question traitée, la méthodologie, la rigueur de l’argumentation, la qualité de la présentation comprenant la rédaction et la mise en page (illustrations, tableaux, graphiques). En 2020, le jury était composé de la quasi-totalité des membres du CS (34 sur 36), des deux membres de la direction et de trois spécialistes externes. Chaque évaluateur.rice a évalué 3 à 4 thèses lors de la première étape. Certains d’entre eux.elles ont réalisé l’évaluation approfondie d’une à deux thèses.

Les thèses candidates

L’histoire est la discipline la plus représentée, avec plus d’un quart des thèses soumises (Graphique 1). Trois disciplines des sciences sociales sont particulièrement représentées : l’anthropologie, la sociologie et la géographie. Elles regroupent à elles trois la moitié des thèses. Le reste des thèses relèvent plutôt des sciences humaines (littérature, archéologie, sciences du langage, philosophie, droit). On retrouve la prééminence de l’histoire parmi les disciplines auxquelles sont rattachés les membres du jury, puisque cette discipline est celle à laquelle s’identifient un quart des membres. Cependant, l’anthropologie, la sociologie et la géographie sont nettement moins présentes que parmi les thèses puisqu’elles ne représentent qu’un tiers des membres. Inversement, les études littéraires et linguistiques sont plus représentées parmi les membres du jury.

Graphique 1

Graphique 1- Profil disciplinaire des 58 thèses candidates
Source : Thèses soumises au Prix de thèse du GIS Asie 2020

Cet écart entre les profils des thèses et les profils des membres du jury a donné lieu à de nombreux débats, concernant notamment la valorisation de la maîtrise du terrain et de la langue locale dans les études aréales. En effet, si la maîtrise d’une langue locale constitue un atout indéniable pour la compréhension des sociétés étudiées, de nombreuses études parviennent à apporter des éclairages tout à fait significatifs sur cette région sans cette maîtrise. Par exemple, l’étude de certains fonds de documents historiques fait appel principalement à des langues coloniales occidentales telles que l’anglais, le portugais, le néerlandais ou le français. Aussi la maîtrise d’une langue locale, si elle est valorisée, ne constitue pas une condition sine qua non pour candidater à un prix de thèse du GIS Asie.

Sur le plan aréal, les thèses sur la Chine et Taïwan représentent un tiers des thèses (Graphique 2). L’Asie du Sud-est, l’Inde, le Japon et la Corée sont également très étudiés et de façon relativement équilibrée. La présence de pays tels que le Cambodge et le Viêt Nam met en évidence l’héritage historique des relations de la France dans cette région, de même que la faible proportion de travaux réalisés en Asie centrale. Par ailleurs, quelques études concernent plusieurs aires mais elles restent peu nombreuses. Ce profil est assez proche de celui des membres du jury, puisque les personnes travaillant principalement sur la Chine et Taïwan représentent quasiment un tiers des membres. On retrouve un équilibre entre Inde, Japon et Corée, Asie du Sud-Est même si le jury compte un peu plus de spécialistes de l’Inde. Les profils multi-aréaux y sont relativement fréquents, ce qui illustre une diversification des parcours au cours de la carrière universitaire et de recherche.

 

Graphique 2

Graphique 2- Profil aréal des 58 thèses candidates
Source : Thèses soumises au Prix de thèse du GIS Asie 2020

Les thèses distinguées

Trois thèses ont été primées :

  • Blanchier Raphaël, « Les danses mongoles en héritage : performance et transmission du bii biêlgee et de la danse mongole scénique en Mongolie contemporaine », EPHE, sous la direction de Michael Houseman
  • Girard Bérénice « Les ingénieurs, le fleuve et l’État. Rôle et place des ingénieurs dans un grand projet technique: la gestion du Gange », EHESS, sous la direction de Roland Lardinois et Odile Henry
  • Pham Thi Kieu Ly, « La grammatisation du vietnamien (1615-1919) : histoire des grammaires et de l'écriture romanisée du vietnamien », Université Sorbonne Nouvelle, sous la direction de Dan Savatovsky

Les thèses ayant été considérées par les deux évaluateur.rice.s comme « exceptionnelles, à retenir absolument pour le prix de thèse » ont été d’emblée présélectionnées pour le prix, ainsi que les thèses considérées comme « exceptionnelles, à retenir absolument pour le prix de thèse » par seulement l’un.e des évaluateur.rice.s et « excellente mais non exceptionnelle » par l’autre, lorsque l’ensemble des membres du jury réunis en session avait décidé de les inclure.

Ainsi, 12 thèses ont été présélectionnées en plus des thèses lauréat.e.s :

  • Abbe Gabrielle, « Le Service des arts cambodgiens mis en place par George Groslier : Genèse, histoire et postérité (1917-1945) », Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Hugues Tertrais
  • Aberdam Marie, « Élites cambodgiennes en situation coloniale, essai d’histoire sociale des réseaux de pouvoir dans l’administration cambodgienne sous le protectorat français (1860-1953) », Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, sous la direction de Pierre Singaravélou
  • Andolfatto David, « Le Pays aux Cent-Vingt-Cinq-Mille Montagnes. Étude Archéologique du Bassin de la Karnali (Népal) entre le XIIe et le XVIe siècle », Université Paris 4 Sorbonne, sous la direction d’Édith Parlier-Renault et Marie Lecomte-Tilouine
  • Bikir Radu, « Divination et Destinée sous la Dynastie Song 宋 (960-1279) : Étude de la mise en scène des méthodes mantiques dans le Yijian zhi 夷堅志 de Hong Mai »,Université Paris 7 Denis Diderot, sous la direction de Stéphane Feuillas
  • Cebeillac Alexandre, « Mobilités urbaines et données en ligne pour l’étude des maladies vectorielles à Delhi (Inde) et Bangkok (Thaïlande) », Université de Rouen, sous la direction d’Alain Vaguet et Eric Daudé
  • Le Meur Mikaëla, » Plasti-cités : Enquêtes sur les déchets et les transformations écologiques au Viêt Nam », Université Libre de Bruxelles, sous la direction de Pierre Petit
  • Lucas Aude, « L'expression subjective dans les récits oniriques de la littérature de fiction des Qing », Université Paris 7 Denis Diderot, sous la direction de Rainier Lanselle
  • Provost Fabien, « Anthropologie de l'expertise médico-légale en Inde du Nord », Université Paris Nanterre, sous la direction d’Anne de Sales
  • Rochot Justine, « Bandes de vieux. Une sociologie des espaces de sociabilité de jeunes retraités en Chine urbaine contemporaine », EHESS, sous la direction d’Isabelle Thireau et Tania Angeloff
  • Srour Némésis, « Bollywood Film Traffic. Circulations des films hindis au Moyen-Orient (1954-2014) », EHESS, sous la direction de Catherine Servan-Schreiber
  • Sarah Terrail Lormel, « Une histoire japonaise de la névrose : la phobie interpersonnelle (taijinkyōfu) 1930-1970. Emergence, développement et circulation d’un diagnostic psychiatrique », INALCO, sous la direction d’Anne Bayard - Sakai
  • Zani Béatrice, « Mobilities, Translocal Economies and Emotional Modernity. From the Factory to Digital Platforms, between China and Taiwan », Université Lyon 2, sous la direction de Laurence Roulleau-Berger

Un prix de thèse, et après ?

Le prix de thèse constitue souvent un atout pour les jeunes chercheurs à la recherche d’un poste leur permettant de poursuivre leurs activités de recherche, ce qui n’est pas négligeable dans le contexte actuel très contraint. Les trois lauréat.e.s de l’édition précédente sont tous en poste aujourd’hui, à l’INALCO, au CNRS et à l'université Lyon 2. Nous espérons que tous les lauréat.e.s rejoindront bientôt une affectation au sein d’un établissement de recherche et d’enseignement supérieur, pour leur plus grand bonheur et le bénéfice de la communauté des études asiatiques.

La cérémonie de remise du prix aura lieu au cours des journées scientifiques du GIS Asie qui se tiendront les 2 et 3 juin 2021 au campus Condorcet (avec la possibilité de recourir à la visioconférence si la situation l’imposait). Les lauréat.e.s y présenteront leurs travaux et le public aura la possibilité d’échanger avec eux. Le prix attribué les aidera à valoriser ces travaux en aidant à leur publication.

 

Myriam de Loenzien, directrice adjointe

Gosia Chwirot, chargée de communication

© Photo de Catherine Bastien-Ventura, Gis Asie