De Matsui Tarô (1917-2017), écrivain brésilien d’origine japonaise, à Andreï Ivanov (1971- ), écrivain d’origine russe vivant en Estonie : conception de la "mort" dans la littérature de deux communautés issues des migrations, de 1970 à 2010 pour la c...

De Matsui Tarô (1917-2017), écrivain brésilien d’origine japonaise, à Andreï Ivanov (1971- ), écrivain d’origine russe vivant en Estonie : conception de la "mort" dans la littérature de deux communautés issues des migrations, de 1970 à 2010 pour la c...

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Soutenue en par Nora Juurmaa

La présente étude se veut une analyse de la fonction de l’élément « mort » dans la fiction littéraire de MATSUI Tarô (1917-2017), auteur phare de la littérature japonophone du Brésil. Une comparaison est effectuée avec l’œuvre d’Andreï IVANOV (1971- ), grand nom de la littérature russophone d’Estonie. Cette thèse s’articule autour de l’argument de Michel Picard, lequel estime que dans le domaine littéraire, « quand on parle de la mort, on parle toujours d’autre chose » : « En premier lieu parce qu’il s’agit ici de tourner l’insurmontable difficulté de temporaliser l’intemporel instant mortel, mais surtout à cause des préoccupations véritables […] qui ne concernent bien entendu que la vie. Enfin celles-ci elles-mêmes ont clairement révélé qu’elles n’étaient que des espèces de symptômes, de métaphores ; que l’essentiel, dans ce topos comme chaque fois qu’il s’agit de la « mort », est inconscient. » Après avoir traité des questions relatives à l’histoire et aux politiques d’identité des communautés concernées – la communauté « japonaise » du Brésil et celle, russophone, d’Estonie –, cette thèse interroge la manière dont s’est construit le monde littéraire japonophone du Brésil. D'autres interrogations seront ensuite soulevées : pourquoi la mort apparaît-elle si souvent dans la fiction littéraire de Matsui ? Quelles fonctions ces morts occupent-elles dans son œuvre, ainsi que dans celle d’Ivanov ? Si le sujet abordé par les auteurs n’est pas la mort per se, quel est leur véritable propos ? Est-ce le passé qui meurt, comme cela semble être le cas dans La Cerisaie d’Anton Tchekhov ? Quelle est la relation de Matsui Tarô à ce passé ? Et dans le cas d’Andreï Ivanov ? Comment choisissent-ils, fût-ce de manière inconsciente, de voir le passé et de dialoguer avec lui ? Cette étude démontre que la « mort » dans les littératures de Matsui et Ivanov, s’il est un véhicule privilégié de critiques adressées par les deux auteurs à leurs communautés respectives, sert également à communiquer une vision d’avenir pour ces dernières — à savoir la proposition d’une assimilation complète. L’élément « mort » indique les raisons pour lesquelles ces auteurs refusent des concepts construits tels que « nous » (i.e. une communauté isolée).