Hà Nội et sa région. Une géographie du compromis en régime autoritaire

Hà Nội et sa région. Une géographie du compromis en régime autoritaire

La ville de Hà Nội se situe à l’apex du delta du fleuve Rouge, delta de très hautes densités démographiques (1300 hab/km2) dont le fleuve est réputé pour avoir des crues particulièrement violentes. Cette vaste plaine alluviale de 15 000 km2 est également maillée d’un grand nombre de villages (environ 7000) dont près de 1000 sont des villages d’artisans avec lesquels la ville entretient historiquement des relations, notamment à travers son quartier des 36 rues et corporations. Dans le contexte de « rattrapage urbain » de Hà Nội, ces villages sont le lieu de recompositions socio-spatiales propres au développement métropolitain de la ville qui sont analysées par une approche originale et interdisciplinaire.

L’ouvrage est en effet le résultat d’un travail de recherche portant sur les relations entre populations et autorités dans un pays n’ayant jamais connu la démocratie et dirigé depuis plus de 40 ans par le parti communiste du Vietnam (PCV). Le contexte choisit est celui de l’extension de ville de Hà Nội sur ses marges, extensions éminemment conflictuelles.

L’étude fournit d’importantes clefs de lecture pour comprendre les modalités du maintien au pouvoir du PCV en postulant dès le départ que l’exercice du pouvoir autoritaire des autorités peut être appréhendé par l’analyse des rapports de force à l’œuvre dans la fabrique urbaine à Hà Nội. Il est également proposé que la capacité des autorités à dialoguer en s’adaptant et à « tâtonner » plutôt qu’à soumettre par la force et la répression constitue la poutre faîtière de la stabilité du régime.

Ainsi, ni la thèse du « miracle économique », ni celle d’un État totalitaire et répressif n’est entièrement retenue pour expliquer la longévité du régime communiste de Hà Nội (même si la dimension policière ne peut être occultée). De la même manière, l’ouvrage s’efforce d’aller à l’encontre des analyses monolithiques qui consistent à concevoir l’État-parti et la population comme deux entités indépendantes qu’un simple rapport de commandement et obéissance unirait.

Les proximité, imbrications et autres collusions entre ces deux entités sont en effet déterminantes dans la manière dont le Vietnam glisse progressivement vers la « modernité » en empruntant largement aux modèles occidentaux et en faisant de ses deux capitales, économique et politique, les vitrines de son intégration à la mondialisation capitaliste. Pour le PCV, un des enjeux amorcés à la fin des années 1980 avec le Đổi mới (renouveau) a trait au renforcement de sa légitimité dans un contexte où la figure d’un parti communiste héros de l’indépendance et victorieux de la lutte contre l’impérialisme ne convainc plus, notamment auprès des jeunes générations (60% de la population à moins de 30 ans).

La fabrique de la ville au Vietnam reste un segment stratégique de l’exercice de l’État. Même si l’État-parti travaille de pair avec le secteur privé, le contrôle de la production urbaine reste une priorité pour les pouvoirs publics. La fabrique urbaine est effectivement intégrée dans un processus de légitimation reposant sur la capacité de l’État à répondre aux attentes et aux désirs de « modernité » et de démocratie de ses administrés.

Guidé par une rationalité économique et sociétale, le projet de « civilisation urbaine » du régime de Hà Nội apparaît comme autoritaire et à la base d’un processus de légitimation du pouvoir. L’ouvrage revient sur le cas de trois villages d’artisans situés dans le périurbain de Hà Nội. En partant d’un objet de recherche empirique et spatialisé, lé démonstration s’attache à démontrer comment la gouvernance des espaces urbains et périurbains de la métropole de Hà Nội dessine une géographie particulière. Autorités, consentement, compromis et gouvernance sont interrogés à travers trois terrains aux enjeux différents.

Le dernier chapitre de l’ouvrage propose une synthèse et une théorisation des résultats obtenus empiriquement, notamment en les confrontant à la littérature scientifique mais aussi en proposant des exemples concrets tirés de la vie quotidienne des Vietnamiens. Ces exemples permettent de mieux saisir la nature des rapports entretenus entre ce peuple, qui parvient le plus souvent à se jouer des contraintes bureaucratiques, et cet État-parti qui fait montre d’une remarquable inventivité pour se renouveler et maintenir son emprise sur la société.

 

Couverture de l'ouvrage © Les Indes savantes