La grammatisation du vietnamien (1615-1919) : histoire des grammaires et de l'écriture romanisée du vietnamien

La grammatisation du vietnamien (1615-1919) : histoire des grammaires et de l'écriture romanisée du vietnamien

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Soutenue en par Thi Kieu Ly Pham

Ce travail de recherche porte sur la grammatisation du vietnamien. Nous avons étudié les ouvrages grammaticaux, composés en latin puis en français, par des missionnaires de diverses congrégations, des administrateurs coloniaux et des grammairiens vietnamiens et français entre 1651 et 1919. L’objectif était de montrer dans un premier temps comment le modèle de la grammaire latine opère dans cette grammatographie, en mettant l’accent sur les spécificités de la langue vietnamienne, telles que les auteurs les ont dégagées. Nous avons mis en évidence, dans un deuxième temps, les conditions, les formes et les effets de la transition du modèle latin vers le modèle français dans la description de la langue et en particulier l’évolution de la conception des parties du discours pendant toute la période considérée.Cette thèse porte aussi sur la création de l’écriture romanisée du vietnamien (quốc ngữ) et sur l’histoire des conceptions linguistiques qui la sous-tendent. Nous avons cherché à comprendre selon quelle logique les missionnaires jésuites des premières générations ont transcrit le vietnamien en ayant recours à l’alphabet du latin et à celui des langues romanes. Nous avons retracé l’évolution de cette écriture. L’étude des manuscrits écrits en vietnamien romanisé nous a aussi permis de faire l’histoire des changements du système consonantique vietnamien depuis le 17e jusqu’au début du 20e siècle. Nous avons montré également quels facteurs religieux, culturels et politiques ont pesé sur cette histoire. L’étude des rapports adressés à leurs supérieurs par les jésuites (à partir de 1615) et par les pères des Missions Étrangères de Paris (à partir de 1663) nous a permis de mettre en lumière le rôle de cette écriture, d’abord comme moyen d’apprentissage destiné aux prêtres étrangers, puis comme moyen de communication entre les missionnaires et les prêtres autochtones. Enfin, nous avons étudié les débats relatifs aux systèmes d’écriture et les choix qu’ils ont entraînés, s’agissant de la politique linguistique menée par l’administration coloniale française en Cochinchine et au Tonkin. Le quốc ngữ est introduit dans l’enseignement en 1861 ; il est ensuite promu écriture officielle et remplace les sinogrammes chez les lettrés et dans les actes administratifs ou juridiques après l’abolition des concours de recrutement des mandarins en 1919.