La mission de l'EFEO et le développement de son réseau

La mission de l'EFEO et le développement de son réseau

Franciscus Verellen, directeur d'études de l'Ecole pratique des hautes études, de l'Ecole nationale des chartes et de l'Ecole française d'Extrême-Orient, a été nommé directeur de l'EFEO le 27 février 2004


La mission scientifique de l'Ecole française d'Extrême-Orient, c'est l'étude des grandes civilisations classiques de l'Asie. De quelle Asie ? L'EFEO a été fondée, à la fin du XIXe siècle, pour explorer et conserver un patrimoine culturel colonial. Aujourd'hui, elle déploie son activité de recherche à travers l'une des régions les plus dynamiques du monde : le sous-continent indien, l'Asie de l'Est—Chine, Japon, Corée—et l'Asie du Sud-est, dont la péninsule indochinoise, berceau de l'EFEO. Je fais allusion au dynamisme de ce monde non seulement dans le domaine économique, mais aussi scientifique : création de nouvelles institutions, émergence de nouvelles disciplines, investissements technologiques considérables. Si l'EFEO veut compter au XXIe siècle, elle mettra le retentissement mondial de chacune de ces trois grandes zones asiatiques au premier plan de sa mission. Quant à ses approches scientifiques, l'EFEO aborde les civilisations asiatiques au travers des sciences humaines et sociales, avec une ouverture importante sur le monde contemporain. Sa méthodologie a été caractérisée, dès le début, par la recherche pluridisciplinaire et comparatiste, associant archéologie, histoire, philologie, anthropologie et sciences religieuses. Grâce à sa vocation particulière pour l'enquête de terrain, l'Ecole française d'Extrême-Orient joue un rôle unique en Asie. Le réseau dense des implantations permanentes de l'EFEO en Asie (17 centres en 12 pays) est un atout unique sur le plan international. Il permet à l'EFEO de mener à bien des enquêtes de terrain et des publications de grande envergure, en étroite collaboration avec des spécialistes locaux. Le réseau permet en outre à l'EFEO de traiter de sujets embrassant le monde asiatique dans son ensemble, par exemple la propagation du bouddhisme à travers la région. Par ailleurs, des programmes reliant les centres appartenant à des aires culturelles différentes encouragent les études transversales. Si ce n'est pas une thématique commune, les disciplines, par exemple l'anthropologie ou l'archéologie peuvent fournir de liens entre programmes de recherches et implantations locales. L'archéologie à l'EFEO, tradition prestigieuse au sein de l'Ecole depuis ses origines coloniales, est en plein renouveau : projet pluridisciplinaire de recherche sur les vestiges récemment découverts de l'ancienne citadelle de Hanoi, développement du pôle archéologique à Siem Reap, nouveaux chantiers en Sumatra, institution de bourses permettant la participation de jeunes chercheurs français à des fouilles en Asie.

Coopération en France, en Asie et en Europe

Le réseau asiatique de l'EFEO est mis à la disposition des institutions de recherche et d'enseignement en France. Les partenaires privilégiés de l'EFEO sont l'EPHE, l'EHESS, le CNRS, l'INALCO, les universités de Paris. Pour de nombreux orientalistes français en poste dans ces institutions, le passage à l'EFEO a constitué une expérience professionnelle de terrain déterminante. Ces mêmes institutions accueillent l'enseignement des membres de l'EFEO en poste à Paris. Le nouveau statut des membres de l'EFEO comme chercheurs enseignants permet de renforcer les liens avec l'enseignement supérieur sous la forme d'antennes de l'EFEO au sein des universités de Lille, Lyon et Toulouse. Enfin, l'EFEO fait partie intégrante du dispositif scientifique français à l'étranger géré par les Ministères de la Recherche et des Affaires étrangères, ainsi que par l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres. Elle travaille, en Asie et en France, en étroite coopération avec ses instances de tutelle.
Les conditions de la coopération internationale varient selon les rapports intellectuels, scientifiques et gouvernementaux établis par chaque centre avec son lieu d'accueil. Les centres traditionnels de l'EFEO en Asie, comme ceux au Vietnam, au Cambodge ou en Inde, comportent des installations conséquentes (immeubles, bibliothèques, musées, parcs d'équipements). Dans le monde chinois, les implantations de l'EFEO au cœur de prestigieuses institutions locales (l'Academia Sinica à Taipei, l'Académie des Sciences de Chine à Pékin et l'Université chinoise de Hongkong) dessinent un nouveau type de relation avec le pays d'accueil où les chercheurs de l'EFEO bénéficient d'excellentes ressources et infrastructures scientifiques déjà existantes. L'intégration du représentant de l'EFEO dans un corps local de chercheurs ou universitaires de haut niveau donne par ailleurs un nouveau sens à la coopération scientifique internationale en créant les conditions d'un partenariat véritablement réciproque, y compris en stimulant les séjours en France d'experts asiatiques. Une nouvelle frontière de la coopération scientifique internationale s'ouvre en même temps en Europe. Des prémices de conventions de coopération entre l'EFEO et, notamment, des institutions britanniques et italiennes sont en place. Une démultiplication de ce type d'accords permettra une européanisation progressive de l'EFEO, laquelle renforcerait effectifs et ressources, et donnerait par ailleurs plus de poids à sa présence en Asie. A terme, l'EFEO pourrait envisager de travailler sur le terrain avec un consortium d'institutions françaises et européennes. En même temps, dans le cadre de l'internationalisation de la recherche, il conviendra de veiller à conserver sans ambiguïté la personnalité distinctive de l'EFEO, façonnée par un siècle d'engagement intellectuel de la France en Asie.

Capitaliser sur les acquis et moderniser les moyens de recherche

Le nouveau statut des membres scientifiques de l'EFEO, comme maître de conférences ou directeur d'études titularisés, devrait avoir pour effet de stabiliser les effectifs au sein de l'institution sur la durée. La titularisation ouvre aux chercheurs l'espace nécessaire dans le temps pour lancer des projets d'ampleur, en renforçant leur assise vis-à-vis des interlocuteurs. Par ailleurs, l'attribution de bourses, les invitations et les échanges permettent la création d'emplois à durée déterminée lesquels apportent une dynamique essentielle et ouvrent l'EFEO comme lieu d'accueil pour de jeunes chercheurs post-doctorants. La modernisation des moyens de la recherche reste un enjeu de taille. La numérisation des catalogues des bibliothèques de l'EFEO et de fonds importants de documentation est en cours. Le résultat en sera une meilleure visibilité, sans compter l'accessibilité, des ressources scientifiques de l'EFEO, indépendamment de leur localisation. Quant au développement des outils et des méthodes de recherche et de publication, certains partenaires de l'EFEO en Asie se trouvent aujourd'hui en tête de l'innovation. Dans un monde qui intègre aussi rapidement que l'Asie les nouvelles technologies de l'information, l'EFEO ne peut pas se permettre de prendre du retard. Veiller à ce que l'établissement reste à la pointe de la recherche internationale est la première priorité des années à venir.

L'enseignement et les liens avec l'université

L'Ecole française d'Extrême-Orient est d'abord et avant tout un institut de recherche. Mais ses membres doivent dispenser, désormais statutairement, un enseignement. Compte tenu de la mobilité des membres de l'EFEO, cette fonction est envisagée par détachement temporaire aux formations dans l'enseignement supérieur, ou par la validation, au sein de ces formations, de cours proposés à l'EFEO. La mise en place progressive du cursus LMD (licence - mastère – doctorat) en Europe facilitera non seulement la mobilité des étudiants mais permettra aussi aux membres de l'EFEO de dispenser leur enseignement dans le cadre plus large de la coopération scientifique en Europe. Elle nous permettra par ailleurs d'étendre la portée de notre enseignement au niveau de la licence, niveau de choix pour le renouvellement des générations de chercheurs. Dans certains pays d'Asie—Chine, Japon, Inde—l'EFEO propose des enseignements, dans le cadre de la coopération universitaire ou de programmes internationaux de formation. Ce type de coopération est à même de constituer une extension non négligeable de l'influence de la tradition scientifique française en Asie. En même temps, il permet aux membres de l'EFEO de poursuivre leur mission de recherche en Asie. Des doctorants français peuvent être accueillis plus formellement dans ce cadre pour effectuer des séjours de recherche en Asie sous la direction des spécialistes de l'EFEO.

Internationalisation et développement du réseau

Deux observations s'imposent : l'EFEO est une institution à vocation internationale, et elle fonctionne foncièrement en réseau. Sa structure opérationnelle est parfaitement adaptée à une gestion et à une communication en réseaux. Encourager la communication à tous les niveaux de l'Ecole : entre les centres, entre les centres et le siège, entre les chercheurs et entre les chercheurs et la direction, est indispensable pour donner plus de cohérence et d'impact à l'institution désormais constituée d'un corps de chercheurs enseignants titularisés. De nouveaux outils de communication ont été mis en place ou sont actuellement en chantier : l'Agenda de l'EFEO, lettre d'information sur la vie scientifique des centres et du siège, refonte du site Internet www.efeo.fr, séminaire mensuel des chercheurs métropolitains ou de passage à Paris, tenue d'assemblées générales à intervalle régulier, dans les trois grandes zones de l'activité de l'Ecole en Asie, réseau informatique reliant tous les centres et le siège. En même temps, l'EFEO doit renforcer sa place sur la scène scientifique globale, en se donnant une visibilité plus importante à travers les colloques et conférences internationaux, et les publications à large diffusion scientifique. J'espère avoir su faire passer un message qui exprime ma profonde confiance quant au potentiel de l'institution que j'ai l'honneur de diriger. Le regard que je lui porte est de l'intérieur, mais aussi de l'extérieur, avec une expérience de recherche de terrain et d'enseignement dans un contexte français et international. J'ai pu apprécier directement les conditions exceptionnelles pour la recherche sur l'Asie qu'offrent les centres de l'EFEO sur le terrain, ainsi que la richesse des contacts de haut niveau que notre institution doit continuer de développer avec les partenaires locaux. L'Ecole française d'Extrême-Orient, en concertation avec ses partenaires en France, en Europe et an Asie, doit se donner les moyens pour que ce réseau précieux et unique au plan international trouve une place incontournable dans le domaine de l'étude des grandes civilisations d'Asie.