Le Réseau Asie : un réseau d'avenir

Le Réseau Asie : un réseau d'avenir

Le Réseau Asie, conçu et créé dans le cadre de la MSH en juin 2001, a plus de quatre ans. Et il va tenir à la fin de septembre 2005 son deuxième congrès. L'occasion est bonne de rappeler les ambitions premières de ses initiateurs, d'évaluer le chemin parcouru, de mesurer celui qu'il nous reste à faire, de faire lucidement le point sur les difficultés rencontrées, de réfléchir enfin à certaines réorientations éventuelles, possible ou souhaitables.

Le petit groupe convaincu et mobilisé par Jean-François Sabouret en 2001, et qui réunissait outre lui-même, Jean-Luc Domenach, Alain Peyraube, et, pour la MSH, Jean-Claude Thivolle, Gilles Tarabout, Jean-Luc Racine et moi, était parti d'un constat très simple pour se fixer les objectifs qu'il proposait au Réseau d'atteindre.

Le constat opposait la grande importance, la qualité et l'ancienneté de la recherche française (et, plus largement, francophone) sur l'Asie à sa dispersion et à sa division. D'un côté, un grand nombre de chercheurs, de centres de recherches et d'institutions spécialisées établies en France et sur le terrain, des traditions scientifiques anciennes et de très haut niveau, des revues et des collections d'ouvrages de qualité internationale reconnue. De l'autre, une dispersion institutionnelle et une division entre les spécialistes des différents pays ou régions de l'Asie : dispersion et division qui nuisaient à la visibilité de la recherche, freinaient les approches transversales, globales ou comparatives, et limitaient aussi les possibilités d'échanges et de coopérations entre spécialistes reconnus des cultures, des religions, des langues, des sociétés et des systèmes politiques, et tous ceux qui, non spécialistes de l'Asie, mais juristes, économistes, sociologues, politologues ou historiens, étaient de plus en plus nombreux à estimer qu'ils devaient à tout prix inclure dans leur système de référence un continent dont il leur était clair qu'il allait dominer par son poids économique et démographique la première moitié du 21e siècle, et peut-être sa totalité.

Les objectifs fixés alors sont issus de ce constat. Il fallait réunir dans un Réseau, tous les chercheurs s'intéressant à l'Asie, en dresser la liste aussi exhaustive que possible, et créer les conditions d'un travail en commun dont le but devrait être, sans esprit de concurrence ni double emploi, d'explorer les directions de recherche que les institutions existantes, dans leur fonctionnement actuel, ne prenaient pas en charge. Et bien sûr le faire avec et pour les chercheurs eux-mêmes.

Première étape : constituer un annuaire informatisé, consultable sur le site Web, de l'ensemble des chercheurs français et francophones, soit autour d'un nombre de personnes estimé à 1500 environ.

Seconde étape : organiser tous les deux ans un congrès ouvert à tous, et notamment aux plus jeunes, fonctionnant sous la forme d'ateliers sélectionnés sur la base des propositions reçues.

Troisième étape : organiser ou aider à organiser, en liaison avec d'autres institutions des réunions transversales, réunissant autour de problématiques communes des chercheurs travaillant sur des pays différents de l'Asie, ou des spécialistes et des non-spécialistes de l'Asie.

Quatrième étape : ouvrir aussi largement ce réseau francophone sur l'extérieur, pour favoriser, sur une base d'égalité, les partenariats avec des réseaux identiques, existants ou à créer chez nos voisins européens. L'Europe bénéficie, par son expérience historique, d'une longue et riche tradition d'études asiatiques, qu'il lui faut aujourd'hui mobiliser, capitaliser et transformer pour la mettre au service des exigences et des défis du 21e siècle.

Cinquième étape enfin : développer la mobilité internationale des chercheurs, en invitant en France non seulement des spécialistes reconnus, originaires d'Asie et travaillant dans leur propre pays ou dans des universités étrangères, mais aussi, pour de longs séjours cette fois, des jeunes, doctorants et post-doctorants venus des universités d'Asie.


Ces cinq objectifs ont été en partie atteints, mais il nous reste encore beaucoup à faire. La réalisation de l'annuaire est d'ores et déjà bien avancée. On y trouvera, directement accessibles sur le site Web toutes les références concernant plus de 1300 chercheurs. Le second congrès du Réseau, deux ans après le premier, en septembre 2003, se tiendra du 28 au 30 septembre 2005 au Centre de Conférences Internationales et, pour sa séance finale, au grand amphithéâtre de l'EHESS, 105, boulevard Raspail : il est ouvert à tous, le programme peut en être consulté sur le site : www.reseau-asie.com. Les premiers contacts ont été pris avec la Casa Asia de Barcelone et son directeur Ion de la Riva. Ils devraient permettre de constituer un réseau plus vaste réunissant les chercheurs d'autres pays d'Europe. Le lancement, en 2005, du programme Hermès, à l'initiative du ministère des Affaires étrangères, qui en a confié la gestion à la MSH, et avec l'aide du ministère de la Recherche et du CNRS, va permettre d'inviter, dès l'automne de 2005, pour des périodes de six mois quatorze post-doctorants originaires de Chine, de l'Inde et de l'Indonésie qui bénéficieront d'un accueil scientifique dans une équipe française de recherche, spécialiste ou non de l'Asie. Reste à prendre des initiatives correspondant à réalisation de la troisième étape : ce sera l'une des tâches du prochain Congrès d'y réfléchir.


Tout cela est déjà beaucoup, vu les moyens dont a disposé le Réseau, mais est encore trop peu, étant donné l'ampleur de la tâche. Ce qui a été fait n'a été possible que par l'étroit concours de trois forces principales. Le réseau de complicités et d'aides dont n'a cessé de bénéficier, dès le départ, ce projet ambitieux, et qui s'est mobilisé pour lui permettre d'aller de l'avant. Le soutien institutionnel du ministère de l'Education nationale, du ministère de la Recherche et du ministère des Affaires étrangères, qui a permis au Réseau de disposer des moyens humains et financiers pour travailler. Et enfin le dévouement et la mobilisation personnelle de tous les instants de la toute petite équipe animée par Jean-François Sabouret, qui a su faire partager son enthousiasme.

Le Réseau Asie correspond à un besoin qui n'a fait que se renforcer. Il a été accueilli et soutenu dès l'origine par la MSH, dont la mission est précisément de fournir le cadre de projets de ce genre, qui supposent pour réussir le respect de l'indépendance scientifique des chercheurs et la totale neutralité de l'institution qu'ils choisissent librement comme cadre de leur travail en commun. Ce qui veut dire qu'il pourra la quitter un jour si d'autres institutions se révèlent capables d'en prendre le relais dans le même esprit, et sans volonté d'appropriation.

Le Réseau Asie est l'affaire de tous, et doit le rester. Il a besoin du concours de tous pour réussir.