Pour une histoire conceptuelle de « peuple », au Japon et en Asie

Pour une histoire conceptuelle de « peuple », au Japon et en Asie

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Un séminaire organisé par Eddy Dufourmont (Université Bordeaux Montaigne. D2iA/Labex ComodLyon)
 
📅 Du 15 septembre au 1er décembre

À propos de l'événement

La transformation des sociétés asiatiques en Etats-nations, aux XIX et XXe siècles, est de longue date l’objet de nombreuses recherches. Néanmoins de nouvelles pistes sont possibles,notamment grâce aux avancées de l’histoire intellectuelle. Celle-ci, à travers la perspective du transfert culturel de Michel Espagne ainsi que l’histoire sociale des idées politiques, accorde un intérêt nouveau à la traduction. Non plus considérée comme une évidence, un processus magique par lequel une oeuvre serait lue et diffusée de l’Europe au reste du monde, la traduction est désormais un problème historique dont il convient d’en analyser le processus, d’en éclairer les contextes politique, social et culturel, le cadre matériel, les acteurs et les réseaux de circulation.
Après avoir mené une exploration à travers des textes, ceux de Jean-Jacques Rousseau et de Montesquieu, nous proposons ici une enquête autour de min 民, idéogramme au coeur de la pensée politique chinoise, notamment confucéenne. Il est usuel de le traduire par « peuple » (en opposition au souverain), et l’idéogramme est également au centre du lexique politique moderne de l’Asie de l’Est et du Vietnam. Cette invention s’est faite d’abord dans le Japon de Meiji, et de min sont issus, en japonais, aussi bien minshû 民衆, kokumin 国民, shimin 市民 ou bien encore minshushugi 民主主義 pour désigner le peuple, la nation, le citoyen et la démocratie. Le processus de traduction est complexe puisque l’anglais, le français et l’allemand, au moins, ont servi d’intermédiaires pour connaître les termes de la philosophie politique européenne. La complexité affecte également la circulation de l’Europe vers le Japon et du Japon vers le reste de l’Asie. Du moins il est nécessaire d’en explorer le processus, d’éclaircir le contexte, et les enjeux de l’invention autour de min. Cette histoire conceptuelle est autant celle de min que de « peuple ».
 
Photo by Ryoji Iwata on Unsplash