Qu'est-ce que soigner ? Thérapeutes, médecins et malades au Cambodge

Qu'est-ce que soigner ? Thérapeutes, médecins et malades au Cambodge

 

L'Asie du Sud-est : approches pluridisciplinaires

Séminaire général animé par Andrée Feillard

Les jeudis de 10 heures à 12 heures, Salon du premier étage.

Maison de l'Asie, 22 Avenue du Président Wilson, 75016 Paris (métro : Iéna ou Trocadéro)


Jeudi 24 mars 2011 : Anne Guillou (CNRS, CASE)

Le séminaire sera consacré à la présentation de l'ouvrage « Cambodge, soigner dans les fracas de l'histoire. Médecins et société » paru aux Indes Savantes en 2009.

Choisir d'étudier, au début des années 1990 (septembre 1990-septembre 1994), la société cambodgienne par le biais de ses médecins de formation scientifique était un pari riche de promesses – tenues et non tenues. Les promesses tenues réfèrent à la mise en place de questions nouvelles en anthropologie médicale et la nécessité de prendre en compte l'ensemble de l'offre de soins, sans scinder artificiellement offres thérapeutiques « traditionnelle » et « moderne », en cherchant au contraire à comprendre comment la société cambodgienne invente une nouvelle forme de soins, celle pratiquée par la profession médicale, et lui donne sens dans le contexte local, aux côtés des herboristes paysans, des moines theravadin, des devins, et des mères de famille, première pourvoyeuses de soins.

Les promesses non tenues tiennent à la temporalité de l'étude : la société cambodgienne est alors une société demeurée sous le choc du régime Pol Pot (1975-1979). La paix n'est pas encore revenue, les structures étatiques sont déliquescentes, et la biomédecine est balbutiante, hésitante entre plusieurs modèles – français, soviétique, américain, « humanitaire » – et mal perçue par la population qui vit de plus en plus mal l'écart croissant entre un discours socialiste prônant la solidarité nationale, l'égalité, la gratuité des soins, et la réalité de la concussion et du désintérêt pour les patients. Promesse non tenue, donc, car la médecine scientifique cambodgienne est finalement en situation d'échec au moment de l'enquête.

Cet échec, il convenait de l'expliquer. Deux des approches adoptées au cours de la recherche de terrain seront en particulier présentées, une sociologie politique de la médecine d'une part et une ethnographie des pratiques hospitalières d'autre part. La première renvoie à la nécessité de tracer, depuis ses origines coloniales, les rapports entre l'Etat et ses médecins, ceux-ci ayant toujours été des fonctionnaires jusqu'aux années 2000. A l'autre extrémité de la recherche, la description ethnographique des services hospitaliers et de leurs différents protagonistes (dont les membres d'ONG « humanitaires » étrangères) permet de voir actualisés les dysfonctionnements constatés au niveau macrosociologique. L'exposé abordera principalement la relation médecin-malade, et évoquera en particulier des éléments de l'économie affective khmère structurant cette relation, où des notions bouddhiques telles que dukkha et karuṇā, et le concept khmer de anet (transl. āṇit) sont centrales.

 

—  Contact du séminaire :

Hélène Poitevin-Blanchard, Tel : 01 53 70 18 21 / Anna Pezzopane, Tél. 01 49 54 83 08