Survivance des images, transdisciplinarité et transculturalité (Taiwan)

Survivance des images, transdisciplinarité et transculturalité (Taiwan)

Un colloque international, sur le thème « Survivance des images, transdisciplinarité et transculturalité » aura lieu du 22 au 23 octobre 2021 à l’Université Nationale Centrale (Taoyuan, Taïwan).

Les propositions d’une page accompagnées d’un bref CV sont à envoyer avant le 31 décembre 2020 à ncu3300@ncu.edu.tw.

Argumentaire

Dans une perspective de dialogue entre les disciplines et les cultures, ce colloque international organisé à l’Université Nationale Centrale de Taïwan, fait suite aux journées d’études « Une archéologie des survivances d’images : iconologie, généalogie, théorie » qui se tiendront à l’Université Lumière Lyon 2 en février 2021.

La survivance est un concept central de l’iconologie. Elle désigne, selon Didi-Huberman (qui précise et actualise le système théorique de l’historien d’art Aby Warburg, notamment dans son ouvrage L’image survivante), la capacité des images à survivre au temps de leur production matérielle et à refaire apparition, sous la forme de motifs récurrents, de traits structurels ou stylistiques, mais aussi de gestes techniques révolus, de pratiques revisitées, par-delà toute logique linéaire de l’histoire, selon un principe d’anachronie, en contradiction avec les chronologies établies. Ainsi Warburg retrouvant les « formules de pathos » (Pathosformeln) de l’Antiquité à la Renaissance (Nachleben der Antike). Ou bien Didi-Huberman interrogeant l’abandon des techniques de la peinture à l’huile au profit de techniques médiévales révolues dans Le Grand Verre de Duchamp.

Une œuvre d'art, un courant esthétique, une technique même, peuvent donc resurgir parfois, de manière non pas inexplicable (puisque c'est le travail de l'historien d'art que d’expliquer) mais de manière impromptue, imprévisible, non linéaire, inconsciente aussi. Ainsi une œuvre d'art ou certains de ses éléments peuvent-ils revenir après une longue période d'absence et hanter le présent. D'où l'idée d’anachronisme ou encore de spectres, de fantômes. Il est question alors de symptômes, d’obsessions, de mémoire involontaire, etc.

Ni traditionaliste, ni évolutionniste, le concept de survivance est d’autant plus étranger à l’idée de progrès qu’il ignore le carcan des traditions en tant que normes transmises. L’historien de l’art, tel un « sismographe des temps » (Didi-Huberman, L’image survivante, 2002, p.118), sera sensible à tous les mouvements souterrains de l’image, aux symptômes, aux obsessions, aux phénomènes de mémoire involontaire, selon une logique qui « anachronise » le temps. L’étude de la survivance redéfinit ainsi les cadres de l’histoire de l’art – cette « histoire de fantômes pour grandes personnes » (ibidem, p. 88) – moins en tant qu’histoire qu’en tant que philosophie, archéologie ou anthropologie.

Le concept de survivance a jusqu’à présent servi essentiellement à l’étude d’images issues de la tradition occidentale. L’une des ambitions de ce colloque est d’examiner des images appartenant à divers systèmes culturels, européens et non européens. Les contributions portant sur des œuvres de pays non européens et notamment de Taïwan, les travaux adoptant des approches comparatives, mais aussi les recherches sur des cas de survivance liés à des transferts culturels seront ainsi particulièrement bienvenus.

Ce colloque, bien qu’accordant une place centrale à la question de la survivance dans le cinéma, se veut transdisciplinaire. Les contributions portant sur d’autres arts visuels (peinture, photographie, bande dessinée, etc.), voire sur des productions iconiques non artistiques (publicité, matériel électoral, images religieuses, etc.), les études comparatives mettant en parallèle plusieurs médias, les recherches éclairant des transferts d’images d’un média à l’autre recevront donc un accueil favorable.

Enfin, tenant compte du fait que les modalités de la survivance sont souvent des plus complexes, ce colloque se propose d’explorer les chemins secrets par lesquels des éléments iconiques survivent, parfois à travers des transferts, des transpositions, des transplantations ; parfois aussi peut-être à travers des « transits » : se pourrait-il ainsi que l’image, devenue mentale, survive dans un texte, par exemple ? Que de ce dernier elle retrouve plus tard une forme sensible sur un support visuel ? Les contributions de spécialistes de la littérature mettant en lumière de tels phénomènes trouveront toute leur place dans ce colloque.

Ces quelques indications ont avant tout pour but d’indiquer des pistes de réflexion possibles et ne visent en rien à l’exhaustivité, chacun restant libre d’appliquer la notion de survivance à sa manière dans une démarche susceptible d’alimenter un dialogue que nous espérons riche et fécond.