Pour une nouvelle histoire du fait colonial en Asie de l'Est - Quelles sources pour quelle(s) histoire(s) ?

Pour une nouvelle histoire du fait colonial en Asie de l'Est - Quelles sources pour quelle(s) histoire(s) ?

Demi-journée d’étude organisée par  l’axe « Migrations » de l’IFRAE (INALCO) et le Centre de Recherche sur le Japon (CCJ – EHESS).

Elle se tiendra le lundi 21 octobre de 10h à 12h30 à l'INALCO (65 rue des Grands Moulins, salle 3.26), et aura pour thématique « Pour une nouvelle histoire du fait colonial en Asie de l'Est - Quelles sources pour quelle(s) histoire(s) ? ».

L’objet de cette demi-journée est de mettre en résonance les travaux de jeunes chercheurs et de chercheuses qui étudient le fait colonial japonais en Asie de l’Est, en faisant dialoguer et en confrontant des sources d'origines et de natures différentes, ainsi que les différentes échelles d'analyse. Les présentations auront lieu en anglais et en français.

Intervenants :

Hannah Sheperd (Trinity College, Cambridge) - Working women and young industrial
warriors: daily life and daily work in 1940s Pusan
Alexandre Roy (INALCO) - La question coloniale en Asie de l'Est vue à travers le cas du soja
de Mandchourie (1900-1930)
David Serfass (INALCO) - « Guider de l’intérieur » sans coloniser : confronter les sources et
les points de vue sur le rôle des conseillers japonais en Chine occupée (1937-1945)
Discutant : Alain Delissen (EHESS)

 

Organisation & contact:

Noémi Godefroy (IFRAE/CRJ)
noemi.godefroy@inalco.fr
Grégoire Sastre (CRCAO/CRJ)
gregoire.sastre@inalco.fr

 

Programme :

Working women and young industrial warriors: daily life and daily work in 1940s Pusan
Hannah Shepherd (Junior Research Fellow, University of Cambridge)

1940s Pusan was both a funnel for mobilized and later forced Korean labor, as well as a regional centre of industry itself. Its industries increasingly relied on the mobilization of women and students to replace male Korean workers sent to the Japanese home islands. The Pusan employment office (shokugyō shōkaijō), as well as coordinating the
movement of laborers from Korea to the metropole, was also responsible for facilitating student “labor service,” (kinrō hōshi) apprenticeships, and employment. After the office’s nationalization in 1940, they began placements of graduates of the city’s elementary schools as “young industrial warriors” in the city’s shops and factories. The employment office also hoped to increase the number of working women in the city, holding a roundtable on the subject featuring Japanese and Korean women in September 1941. This paper looks at two sources produced by the employment office which feature the voices of ‘ordinary’ women and children, both Japanese and Korean, and uses them to ask questions about how historians can use such sources to reconstruct the personal histories and ordinary lives of people and the spaces they inhabited.
How should we approach these rare voices from within the colonial archive? What is the historical value of these personal histories and the worlds they allow us access to? Finally, what can we learn by reading “with” the archive as well as against it?


La question coloniale en Asie de l'Est vue à travers le cas du soja de Mandchourie (1900-1930)
Alexandre Roy (IFRAE, INALCO)

Pour notre étude, la question des sources se révèle problématiques car le soja est cultivé sur de nouvelles terres, exportées dans des quantités difficilement estimables sur différents marchés du monde (Japon, Europe, Etats-Unis, Chine). Enjeu mondial, le devenir du soja de Mandchourie doit alors être saisi par l'historien en croisant différentes sources nationales, sans qu'il puisse toujours obtenir de consensus tangible (particulièrement concernant la part chinoise dans la consommation du soja mandchourien).
Le recours aux archives d'entreprises (Mitsui dans notre cas) est alors intéressant, offrant une certaine cohérence dépassant (au moins à un certain point) les points de vue étatiques/nationaux, mais présentant aussi l'inconvénient d'être souvent partielles et parcellaires.

« Guider de l’intérieur » sans coloniser : confronter les sources et les points de vue sur le rôle des conseillers japonais en Chine occupée (1937-1945)
David Serfass (IFRAE, INALCO)

Les conseillers japonais chargés de « guider de l’intérieur » (naimen shidō 內面指導) les gouvernements collaborateurs établis par l’occupant au cours de la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945) apparaissent comme l’incarnation d’un impérialisme de guerre appuyant sa domination indirecte mais bien réelle sur des régimes « fantoches », par opposition à une administration coloniale directe. Une telle définition est doublement insuffisante. D’une part, elle isole l’expérience de l’occupation du reste de l’expansion impériale japonaise, formelle comme informelle. D’autre part, elle ne rend pas compte des motivations souvent contradictoires et de la capacité d’action des conseillers japonais et des collaborateurs chinois aux différents échelons de l’État d’occupation. Nous chercherons à renouveler cette définition en dressant un inventaire inédit des sources chinoises et japonaises disponibles sur la question. En confrontant les points de vue divergents qu’elles expriment sur le rôle des conseillers, nous tenterons de préciser celui-ci, tout en replaçant l’expérience de l’occupation en Chine dans la trajectoire impériale japonaise.

Looking Out the West Gate, Seoul, Korea