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La pluridisciplinarité à l'oeuvre

味摩詰之詩,詩中有畫。觀摩詰之畫,畫中有詩。 Lorsque j’apprécie un poème de Mojie, dans ce poème se trouve une peinture. Lorsque je contemple une peinture de Mojie, dans cette peinture se trouve un poème (Su Shi à propos de l’œuvre de Wang Wei)
味摩詰之詩,詩中有畫。觀摩詰之畫,畫中有詩。 Lorsque j’apprécie un poème de Mojie, dans ce poème se trouve une peinture. Lorsque je contemple une peinture de Mojie, dans cette peinture se trouve un poème (Su Shi à propos de l’œuvre de Wang Wei)
Date de l'événement : 21 avril 2017
Horaires : 14h00-17h15
Contact : LUCAS Aude Courriel
Lieu : Maison de l'Asie, 22 bld du Président Wilson 75 116 Paris
Aires : Chine, Japon, Asie
#Labos GIS
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Séminaire doctoral du CRCAO : La pluridisciplinarité à l'oeuvre

Les savoirs, les arts, sont-ils aussi structurés que l’a laissé entendre la classification des disciplines qui a longtemps régi l’épistémologie ? La tendance actuelle est au décloisonnement des sciences, renouvelant et enrichissant les méthodologies d’analyse. Le CRCAO regroupe non seulement des spécialistes de trois aires culturelles, Chine, Japon et Tibet, mais également des chercheurs dont les travaux se situent à la croisée des arts et disciplines : littérature, anthropologie, histoire, peinture, photographie, psychanalyse…
Trois doctorants du CRCAO, issus des équipes Japon et Chine, se proposent d’illustrer la pluridisciplinarité caractérisant leurs recherches, laquelle pourra influencer leur méthodologie de travail.

Discutants : Claire-Akiko BRISSET, Daniel STRUVE et Victor VUILLEUMIER

 


Radu BIKIR :

Statut et autorité du devin dans le Yijian zhi 夷堅志de Hong Mai洪邁 (1123-1202) : une question de désignation.

A l’occasion de ce séminaire doctoral, je présenterai un travail d’analyse des différents modes de désignation des devins dans le Yijian zhi de Hong Mai. 
L’art mantique était essentiel dans la société des Song 宋 (960-1279). Le monde chinois de ce temps subissait des transformations d’une force inouïe, et l’incertitude était partout : les examens impériaux pouvaient être aussi fatals que les guerres contre les invasions du nord. Tous cherchaient à se prémunir contre les malheurs et les imprévus, car on ne savait jamais quand un événement pouvait devenir funeste : tout était une question de « vie et de destin » (ming 命). Cette incertitude croissante fit donc naître la nécessité d’un remède tel que la divination. 
Mais qu’est-ce qu’un devin ? L’expansion urbaine qui explosa fit advenir une société où les services, et le luxe et la distraction prirent le dessus sur les produits de première nécessité ; ainsi les devins se fondirent au milieu d’une classe marchande toujours plus grande, et vendirent leurs compétences afin survivre dans ce monde commerçant. Les charlatans étaient nombreux, certains furent reconnus alors qu’ils ne possédaient que des « rudiments », quand d’autres furent assimilés à des êtres transcendants, si ce n’était pas à des Immortels comme Lü Dongbin 呂洞賓. 
Un verdict divinatoire suscitait la même excitation qu’un jeu de hasard, et ceux qui le produisaient n’étaient pas toujours les mêmes : en effet, un devin (buzhe 卜者) est-il si proche d’un homme de technique occulte (fangke 方客) ? Un marchand de Guaying (ju guayingzhe 鬻卦影者) aura-t-il le même pouvoir prédictif qu’un maître ésotérique (shushi術士) ? Que montre-t-on lorsque l’on emploie ces termes, et quelles sont les attentes implicites d’un lecteur visé par Hong Mai ? Le travail sur ces différents termes pour désigner les devins sera donc une première étape pour introduire la méthodologie pragmatique dans la lecture de ces textes, afin d’analyser les actes d’énonciation qui structurent la compréhension de l’univers mentale de la divination sous les Song. Car ces termes ne sont pas autonomes, et dépendent bien d’une habitude d’utilisation, d’un code de langage, et d’un contexte d’énonciation à partir desquels se produisent des effets narratifs qui influencent l’interprétation des textes.


Agathe TRAN :

La poétique de la vision dans l’œuvre de Natsume Sôseki : littérature et peinture, ou texte et image ? Une question de réorientation méthodologique.

Alors qu’on a longtemps débattu en Europe de la spécificité des arts, la tendance actuelle est à l’effondrement des hiérarchies et des genres, à l’étude des seuils, des marges, des hybridités, des mixités, des phénomènes communs aux différentes formes de création. Cette tendance au décloisonnement pourrait permettre de réévaluer les œuvres d’écrivains issus de cultures étrangères, où la conception singulière de l’Art ou des arts n’obéit pas aux conventions occidentales.
Dès le tout début du XXe siècle, Natsume Sôseki (1867-1916) a remis en cause les classifications artistiques occidentales. Ecrivain japonais de l’ère Meiji (1868-1912), période charnière pour le Japon qui entame sa modernisation, Sôseki est amené à voyager en Europe et à mesurer non seulement l’écart entre les cultures, mais aussi entre les arts. En plus de ses quatorze romans, il rédige des essais où il démontre la relativité culturelle des pratiques artistiques, questionne les fondements d’une littérature mondiale, et développe une conception d’Art total qui rapproche peinture et littérature. Pour cette raison, les travaux se multiplient sur la place de la peinture dans son œuvre, en tant que thème de réflexion, sujet de fiction ou modèle esthétique à imiter.
Mon objectif est autre : je souhaite analyser la fonction de l’image et les stratégies visuelles associées dans certains textes choisis de Sôseki, sans réduire ces dispositifs à de simples transferts de propriétés picturales. Nul doute que l’écrivain a été influencé par la culture visuelle de son époque, la peinture japonaise comme européenne, mais aussi les nouveaux médias de l’image que sont la photographie et le cinéma. Cependant, l’image n’est pas l’apanage de la peinture ou même des arts dits visuels, elle n’est pas seulement matérielle et visible, elle peut aussi être invisible et mentale, psychologique ou philosophique. 
Je me propose donc d’étudier, à travers l’exemple de Sôseki, un rapport texte et image qui n’engage pas seulement les arts visuels et la littérature, mais demande un mode d’appréciation esthétique particulier. En sollicitant l’imagination du lecteur, Sôseki exploite toutes les virtualités de l’image pour insuffler au texte sa visualité, l’énergie de la vue, et ainsi créer une perception cognitive dans le domaine de la littérature.


GUO Lanfang :

Influence de la psychanalyse sur la littérature chinoise depuis 1980

Dès la naissance de la psychanalyse, des liens étroits et indissociables se tissent entre cette science de l’homme et la littérature. La psychanalyse, qui s’est servie des textes littéraires comme arguments en vue de se justifier, a de façon symétrique apporté des changements essentiels à la littérature. On dirait que l’on n’arrive pas à imaginer comment aurait pu évoluer la littérature occidentale du XXème siècle s’il n’y avait pas eu la psychanalyse. Ceci dit, on se demande alors si elle a également exercé une influence sur la littérature en Chine, à l’autre bout du monde. Si oui, s’agit-il d’une influence aussi importante qu’en Occident ? Quels sont précisément ses apports respectifs dans la création et les critiques littéraires ? Comment cette influence a-t-elle évolué ? Voilà les questions auxquelles j’essaie de répondre dans ma thèse. Au regard des recherches assez riches sur la période antérieure à 1980, je me propose de limiter mon travail à la période postérieure à 1980. 
Dans les années 80, la nation chinoise, animée par une grande soif de connaissances inédites, s’intéresse à nouveau à l’Occident. Avec les débats littéraires sur la subjectivité et sur le modernisme, Freud est devenu un nom qui a suscité un intérêt hors du commun. Bien des écrivains, de manière consciente ou inconsciente, se sont servis des pensées freudiennes dans leurs créations. Mon étude, basée sur la lecture d’une cinquantaine de romans/nouvelles de 12 auteurs, examinera cette influence par les thématiques suivantes : le Stream of consciousness et la représentation des rêves ; l’écriture de la sexualité et du corps ; les relations familiales mises en perspective psychanalytique ; la narration du trauma, ainsi que les figures du psychologue.
La contribution de la psychanalyse à la littérature chinoise ne se limite pas aux créations littéraires. On dirait que cette contribution est encore plus importante dans les critiques que dans les créations. À cet égard, les commentateurs chinois ne se contentent pas de puiser leur inspiration chez Freud, mais également chez Jung, Lacan, Julia Kristeva, Luce Irigaray et Hélène Cixous, etc. Il s’agit en général d’un réemploi de leur théorie en vue d’interpréter les textes littéraires. Mais pour certains, notamment Jung, les critiques sont allés jusqu’à la reconstruction d’un système théorique réadapté au contexte chinois.

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